
Le plus long tunnel ferroviaire du monde
Implenia construit les deux tiers du tunnel de base du Saint-Gothard (2002-2016)
20 ans d'Implenia, 160 ans à construire l'avenir
Le Gothard : un mythe et un ouvrage du siècle
Le Gothard est bien plus qu'un simple massif montagneux. C'est à la fois une route de col et un tunnel, un bastion militaire et un mythe national. Et Locher, Zschokke, Heinr. Hatt-Haller (HHH), Schmalz et Implenia : tous ont participé au forage et à la construction de ce massif, le plus suisse de tous les massifs suisses. À la recherche des traces du passé.
Le 21 décembre 1944, le général Henri Guisan rend visite à ses troupes dans les fortifications du massif du Gothard. L'événement est filmé, pour une large diffusion médiatique, par une équipe du « Ciné-journal suisse ». Quelques jours plus tard, le film consacré au « Noël des soldats de 1944 » sera projeté dans toutes les salles de cinéma suisses. Les images montrent un monde souterrain surréaliste, peuplé de soldats qui s'affairent dans d'immenses dortoirs, avec des dépôts de munitions, des galeries de transport interminables, des salles d'artillerie et des réfectoires décorés pour Noël. Puis, un retour sur le général Guisan. C’est la nuit, des torches l’éclairent, lui et les soldats qui se tiennent au garde-à-vous dehors, dans la neige, devant l’entrée de la forteresse. La voix solennelle du narrateur retentit : « Le général a choisi ce village, situé au-dessus de la Reuss sur le granit du Gothard, non seulement parce que le Gothard est le centre de la Suisse, mais aussi parce qu’il incarne ces cols alpins que notre armée surveille et sait défendre en cas d’urgence. »
Réduit : les fortifications souterraines du Gothard (1940-1945)
À cette époque, le Gothard est une forteresse, un bastion militaire et le symbole de ce qu'on appelle le Réduit national de la Suisse. Sur ce corridor nord-sud d’une telle importance stratégique, les puissances de l’Axe – si elles devaient attaquer la Suisse – se casseraient les dents. C’est ici, au cœur des Alpes, que l’armée suisse concentrerait son dispositif défensif ; en cas d’urgence, même le Conseil fédéral suisse gouvernerait depuis cet endroit plutôt que depuis Berne. Le tunnel du Gothard, ce goulet d’étranglement logistique, est truffé de charges explosives : en cas d’attaque de l’Allemagne nazie, il serait fait sauter et le col serait défendu par tous les moyens. Les gigantesques fortifications souterraines du Gothard, dont Hitler et ses généraux ont bien sûr connaissance, témoignent de tout cela. Le Gothard n’est plus depuis longtemps un massif, mais une dent creuse, percée non seulement par le légendaire tunnel ferroviaire de 1882, mais surtout par des fortifications composées de galeries, de cavernes et de bunkers s’étendant sur des kilomètres. La construction des fortifications du Réduit a coûté environ 650 millions de francs suisses, soit environ 9 milliards de francs suisses en pouvoir d’achat actuel. Une question passionnante se pose : qui a construit tout cela entre 1940 et 1945 ?

À l'époque, pour des raisons évidentes, ces travaux étaient soumis au secret militaire le plus strict, auquel devaient se conformer non seulement les entreprises de construction concernées, mais aussi chaque ouvrier. Seules les personnes pouvant justifier de leur identité et étant enregistrées sont autorisées à pénétrer sur les chantiers. On peut toutefois supposer que des entreprises ayant précédé Implenia ont également participé à la construction des fortifications. En effet, toutes les entreprises de construction suisses ne sont pas capables de creuser le granit du Gothard, d’une dureté à toute épreuve. Zschokke, Locher et Heinr. Hatt-Haller, en revanche, possèdent l’expérience nécessaire dans la construction de tunnels et de galeries. Et la Société suisse de construction routière et de génie civil SA (Stuag) à Berne, elle aussi une ancêtre d’Implenia, est de toute façon spécialisée dans la construction d’installations militaires.
Le premier tunnel du Saint-Gothard a ruiné son constructeur (1872-1882)
Cela a dû être un véritable tour de force que de creuser ces galeries dans le massif. En effet, la géologie du Saint-Gothard est complexe, comme l’a déjà constaté Louis Favre, le premier maître d’œuvre à avoir osé percer le Saint-Gothard. Malheureusement, le constructeur du tunnel du Saint-Gothard conclut avec le directeur de la Compagnie des chemins de fer du Saint-Gothard, Alfred Escher, un contrat de construction assorti d’un système rigide de primes et de pénalités. En septembre 1872, la course, ou plutôt la lutte contre la montre, commence. Favre dispose de huit ans. Chaque jour gagné lui rapportera une prime de 5 000 CHF, chaque jour de retard une pénalité d’un montant équivalent. À partir du septième mois de retard, les pénalités passeront à 10 000 CHF par jour. Et c’est ce qui se passe : les couches rocheuses hétérogènes composées de granit, de gneiss, d’ardoise et d’amphibolites, les zones de failles avec infiltrations d’eau, ainsi que la chaleur insupportable à l’intérieur de ce qui était alors le plus long tunnel du monde ne laissent aucune chance à Favre et à son équipe de construction. Ce retard de 15 mois ruine son entreprise de construction et sa famille ; quant à lui, il succombe à un anévrisme aortique le 19 juillet 1879, avant même l’achèvement de son ouvrage du siècle.
L'ingénierie suisse : Locher construit les tunnels en épingle à cheveux de Wassen (1882)

Aucune société ayant précédé Implenia n’a participé à la construction du premier tunnel du Saint-Gothard. Mais la société Locher & Cie., de Zurich, n’en est pas loin pour autant. En effet, le tunnel lui-même n’est pas le seul défi majeur de la construction de la ligne ferroviaire du Saint-Gothard, entre Immensee et Chiasso : entre Gurtnellen et Wassen, la ligne ferroviaire doit en effet franchir un dénivelé considérable pour pouvoir atteindre le portail nord du tunnel. Et c’est Locher & Cie. qui réalise ce chef-d’œuvre d’ingénierie, qui suscite encore aujourd’hui l’admiration des voyageurs empruntant l’«ancienne» ligne du Gothard. Trois tunnels en épingle à cheveux offrent un jeu fascinant de perspectives, où la célèbre église de Wassen apparaît tantôt d’un côté, tantôt de l’autre du train.
Le tunnel routier du Saint-Gothard (1970-1980)
Après la Seconde Guerre mondiale, l'activité s'est calmée autour du Gothard. Même lorsque le Parlement suisse a approuvé, en 1960, la construction d'un réseau routier national comprenant des autoroutes, il n'était pas encore question d'une liaison vers le sud praticable en hiver, qu'un tunnel autoroutier aurait permis de réaliser. Ce n'est qu'à la suite d'une motion et de la recommandation d'un groupe d'étude qu'une liaison par tunnel est intégrée au réseau routier national en 1963.

En 1970, les travaux de construction du plus grand chantier des Alpes de l'époque ont débuté. Le creusement est entrepris à la fois depuis le nord et depuis le sud, et les consortiums chargés des travaux sont répartis en conséquence. Trois sociétés qui ont précédé Implenia participent au projet : Zschokke et Heinr. Hatt-Haller pour le lot Nord, Schmalz de Berne pour le lot Sud. Le rapport final publié en 1980 dans la revue « Schweizer Ingenieur und Architekt » donne un aperçu des difficultés que la géologie pose encore aux équipes de chantier, cent ans après l’œuvre pionnière de Favre : « À partir du kilomètre 2,0 environ, il a fallu, pour des raisons de sécurité, passer définitivement à un creusement par sections. La traversée du tronçon de 250 m de long appartenant au Mésozoïque a même nécessité un creusement encore plus fragmenté, selon la méthode allemande… Dans la partie centrale de la zone de paragneiss, une forte pression latérale s’est fait sentir. Les parois mises en mouvement ont dû être consolidées à l’aide d’ancrages dans la roche… La roche friable a réduit le rendement, tandis que d’importantes infiltrations d’eau, souvent sous pression, ainsi que des températures élevées (jusqu’à 33 °C) et une forte humidité ont compliqué les travaux…»1 Malgré tout, le conseiller fédéral Hans Hürlimann a pu inaugurer, le 5 septembre 1980, le plus long tunnel routier du monde.
Le plus long tunnel du monde : Implenia construit les deux tiers du tunnel de base du Saint-Gothard (2002-2016)
Au début du nouveau millénaire, Implenia assume une responsabilité encore plus grande avec la construction du tunnel de base du Saint-Gothard, long de 57 km, reliant Erstfeld au nord à Bodio au sud – un ouvrage lui aussi hors du commun : le plus long tunnel ferroviaire du monde. Au début des travaux, en 2002, Zschokke Locher et Batigroup occupent une place de premier plan parmi les entreprises chargées de l'exécution. Lorsque, quatre ans plus tard, Zschokke et Batigroup fusionnent pour former Implenia, celle-ci, désormais la plus grande entreprise de construction de Suisse, est chargée d’environ deux tiers de l’ensemble des travaux du tunnel de base du Saint-Gothard ; jusqu’à 400 collaborateurs d’Implenia sont affectés aux trois lots de Sedrun, Faido et Bodio, tous des spécialistes des tunnels passionnés – à l’image de Hanspeter Stadelmann, responsable de la construction des tunnels chez Zschokke Locher puis, à partir de 2006, chez Implenia, ou encore du conducteur de tunnelier Carmine Gencarelli. Ce dernier se souvient : « Quand je vois aujourd’hui le résultat de nos efforts quotidiens, je me dis : Waouh ! Le tunnel de base du Saint-Gothard est un projet du siècle dont profiteront encore de nombreuses générations futures. C’est un sentiment formidable d’y avoir contribué. »
Petite anecdote : la tête de forage du tunnelier « Sissi », qui a percé le tube est le 15 octobre 2010, a été offerte par Implenia et le fabricant de machines Herrenknecht au Musée suisse des transports à Lucerne. Elle orne depuis 2012 le portail d’entrée de ce musée, le plus populaire de Suisse.
La participation déterminante d’Implenia à la construction de ce projet du siècle lui ouvrira les portes des appels d’offres pour la construction des trois autres grandes transversales alpines au Brenner, au Semmering et à travers le Mont-Cenis, entre Lyon et Turin.
La route historique du col : rénovation du col du Schöllenen (2015-2019)
Avec tous ces chantiers de tunnels dans le Gothard, on en oublierait presque qu’il existe encore une route de col dans cette région. Celle-ci revêt non seulement une importance historique et touristique, mais dessert également la vallée d’Urseren, située entre les cols de la Furka à l’ouest, du Gothard au sud et de l’Oberalp à l’est. En 2015, lorsque les travaux de construction des tunnels du Saint-Gothard seront achevés, Implenia prendra en charge les travaux de rénovation de la partie nord de la route de col historique, dans les gorges de Schöllenen, où se trouve le légendaire pont du Diable. Le plus grand défi réside dans la situation exposée du chantier, au cœur de ce paysage rocheux escarpé. Dès la première année de chantier, un éboulement se produit : 2 500 tonnes de granit dévalent dans la gorge de Schöllenen. Personne n’est blessé et le chantier est épargné. Malgré toutes ces difficultés, Implenia parvient à achever les travaux dans les délais en 2019.
Un deuxième tube pour le tunnel routier (2022-2029)
Alors que les travaux de construction du tunnel de base du Saint-Gothard battent leur plein, les voix s'élèvent de plus en plus fort à Berne, la capitale fédérale, pour réclamer un nouveau tunnel destiné au trafic routier. La demande d'un « deuxième tube » repose sur deux raisons. Premièrement : la rénovation du tunnel routier existant est prévisible. Mais comment mener à bien un tel chantier, qui s’étalera sur plusieurs années, dans un tunnel étroit à deux voies où circulent 19 000 véhicules par jour ? Détourner le trafic par le col ? Et en hiver ? Un deuxième tube est donc nécessaire ne serait-ce que pour permettre la rénovation du premier. Deuxième raison : la sécurité. Le 24 octobre 2001, deux camions sont entrés en collision frontale dans le tunnel du Gothard, alors qu’ils roulaient en sens inverse. L’incendie qui s’en est suivi a coûté la vie à onze personnes. La mise en place de deux tubes à sens unique devrait permettre d’éviter une telle tragédie à l’avenir.
Mais les rouages politiques tournent lentement en Suisse. Ce n’est qu’en 2012 que le Conseil fédéral suisse propose enfin la construction d’un deuxième tube ; le Parlement approuve le projet en 2014, puis le peuple en 2016. En 2021, le premier coup de pioche sera donné pour ce qui sera sans doute, pendant longtemps, le dernier percement à travers le massif du Saint-Gothard.
Une fois encore, Implenia, en tant qu’entreprise chef de file du groupement «secondo tubo», joue un rôle déterminant dans la construction du tunnel pour le compte de l’Office fédéral des routes (OFROU). Le lot principal Nord comprend le tronçon de tunnel de 7,9 km allant de Göschenen jusqu’au milieu du tunnel. Et une fois encore, les particularités géologiques du massif jouent des tours aux constructeurs du tunnel. Ainsi, au début du tronçon, le massif de l’Aare s’avère plus compact que ce qui était décrit dans l’appel d’offres. Cela augmente les forces de frottement, ce qui oblige les mineurs d’Implenia et de Frutiger à changer jusqu’à vingt fois par jour les disques de coupe du tunnelier. Les retards restent néanmoins dans des limites acceptables.
Les directives écologiques plus strictes constituent un autre défi intéressant. Ainsi, les quelque 7,4 millions de tonnes de déblais sont réutilisées dans le cadre de la construction circulaire, notamment pour la renaturation du lac des Quatre-Cantons ou comme granulat pour le béton.
Avec le percement de la zone perturbée nord au printemps 2026, le groupement d’entreprises pourra célébrer une première étape importante. Le percement du tunnel est prévu pour 2027 ; le deuxième tube devrait être opérationnel à l’été 2030, ce qui permettra ensuite la rénovation de l’ancien tunnel routier.
À partir de 2033, le calme reviendra sans doute pour longtemps au Gothard – mis à part le trafic touristique passant par le Gothard et le trafic de transit traversant le Gothard. Et les fortifications souterraines du Gothard avec toutes leurs pièces d’artillerie ? Celles-ci ont été abandonnées dès les années 1990, après l’effondrement du bloc de l’Est, et ne servent plus aujourd’hui que de musées.
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1 Voir : Ingénieur et Architecte suisse 98/80, cahier 36, p. 799-800.
Histoires d'histoire
Tout au long de l'année du jubilé, le contenu sera élargi
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