« Nous développons et construisons toujours avec et pour des gens et voulons travailler, sur chaque projet, au niveau le plus élevé. »

2018 a été une année de défis pour Implenia. Au cours d’un entretien, le Président du Conseil d’administration Hans Ulrich Meister et le CEO André Wyss en font le bilan et se tournent vers l’avenir.

Monsieur Meister, le Conseil d’administration a été fortement sollicité l’an dernier. Vous avez initié le changement opérationnel à la tête du Groupe, vous êtes allé chercher André Wyss comme CEO et avez demandé la révision de la stratégie. Quel est votre bilan après les premiers mois ?

Hans Ulrich Meister : Je suis satisfait à tous les égards et convaincu que nous avons fait le bon choix. L’objectif du Conseil d’administration était de renforcer Implenia au plan stratégique et de l’internationaliser. Avec André Wyss, nous avons fait monter à bord une personnalité disposant de l’expérience nécessaire et de l’énergie requise, et qui a su impulser un rythme extrêmement soutenu au cours de ces premiers mois. Nous sommes impressionnés par la précision de tir avec laquelle André Wyss s’est saisi des thématiques à l’ordre du jour.

Fin 2018, Implenia a réduit ses prévisions de résultats. Dans ce contexte, comment se sont déroulées les discussions au sein du Conseil d’administration ?

Hans Ulrich Meister : Ce fut une phase très délicate. Peu avant l’arrivée d’André Wyss au poste de CEO, nous avions publié nos résultats semestriels. À l’époque, nous étions convaincus, sur la base des informations dont nous disposions, que nous allions atteindre les objectifs annuels communiqués. Parallèlement à l’élaboration de la stratégie remaniée, nous avons entrepris une révision approfondie des risques globaux et commerciaux à tous les niveaux. Les résultats nous ont finalement incités à réviser les prévisions antérieures pour l’exercice 2018.

Implenia a malgré tout substantiellement augmenté son chiffre d’affaires en 2018. Des dépréciations et des performances opérationnelles en baisse – concernant notamment des projets et des unités spécifiques au sein du segment International – ont toutefois sensiblement pesé sur le résultat. Que s’est-il passé ?

André Wyss : Après mes débuts chez Implenia, nous nous sommes non seulement immédiatement attaqués à la refonte de la stratégie, mais aussi, comme Hans Ulrich Meister l’a expliqué, à la révision des risques globaux et commerciaux. Nous sommes alors tombés sur des problèmes affectant quelques unités et projets – en particulier en Norvège et en Bade du Sud ainsi qu’une filiale d’Implenia Construction Germany en Pologne. Les raisons de ces problèmes sont très diverses. Il s’agit, entre autres, de déficits structurels, comme l’absence de standardisation de bout en bout de certains processus, d’un environnement système fragmenté et d’une collaboration transversale insuffisante. Implenia travaille dans le domaine des activités de projet, ce qui va toujours de pair avec des risques. La plupart des projets se déroulent parfaitement et, actuellement, nous n’avons pas identifié d’autres problématiques notables nécessitant des ajustements. Désormais, l’élimination des points faibles identifiés est pour nous la priorité numéro un.

Comment allez-vous gérer à l’avenir les risques inhérents aux activités de projet ?

André Wyss : Avant tout en améliorant et en harmonisant les processus de risque et de contrôle, depuis l’analyse et la sélection des projets jusqu’au calcul des coûts et l’achèvement. À cet effet, nous introduisons un processus intégré, grâce auquel nos experts internes nous aident à prendre les bonnes décisions aux étapes importantes. Nous avons constaté un potentiel d’amélioration dans ce domaine et nous allons nous y attaquer très rapidement.

Vous avez mentionné les difficultés dans le domaine des activités internationales. Où identifiez-vous d’autres défis ?

Hans Ulrich Meister : Tout d’abord, j’aimerais dire que, rétrospectivement, la stratégie d’internationalisation s’est avérée bonne, malgré les difficultés mentionnées. Les marchés sélectionnés sont attractifs et nous sommes persuadés d’atteindre, à moyen terme, les résultats souhaités. L’intégration d’une nouvelle unité ou d’un nouveau marché, en termes de culture, de personnel, de systèmes et de direction, demande du temps. Nous réalisons maintenant que nos prévisions ont été trop optimistes en leur temps. Mais nous misons sur les activités à l’international et sommes très confiants d’y réussir dans le cadre de notre nouvelle stratégie et de notre organisation remaniée. En raison des mégatendances comme l’urbanisation et la mobilité, notre savoir-faire et nos prestations resteront très demandés à l’avenir.

André Wyss : Nous avons procédé à un examen très attentif de chacun des secteurs. Même dans la construction routière en Suisse et en Allemagne, les choses ne se sont pas passées jusqu’ici aussi bien que prévu au niveau opérationnel. C’est pourquoi nous avons élaboré un plan structuré autour de mesures d’amélioration concrètes, qui est appliqué dans les projets lancés en interne. Nous suivons ces mesures de près et les adapterons, si nécessaire, à l’avenir. Toutefois, notre modèle opérationnel antérieur était avant tout déficient au niveau de la gestion de bout en bout des activités à l’étranger. C’est la raison pour laquelle nous y apportons des aménagements, en particulier au plan organisationnel.

Comment ont évolué les différents segments en 2018 ?

Hans Ulrich Meister : Nous avons remporté des contrats intéressants hors de Suisse, en particulier dans le segment Infrastructure – par exemple en Allemagne et en France. Les segments Suisse et International ont globalement affiché des chiffres d’affaires solides. Le Bâtiment s’est bien tenu en Allemagne et en Suisse. Quant au secteur Development, il a réalisé une très bonne année 2018. S’agissant des activités de région avec la construction de routes et de ponts, en particulier en Suisse, nous n’avons pas encore réussi à redresser la barre. Mais nous continuons d’y travailler. Une chose est sûre : compte tenu de notre positionnement actuel dans tous les segments, nous sommes bien armés pour affronter l’avenir.

La révision des perspectives bénéficiaires, annoncée en décembre, affecte aussi les capitaux propres. Prévoyez-vous une augmentation de capital ?

Hans Ulrich Meister : Par rapport au reste du secteur, nous disposons toujours d’une base de capitaux propres saine. Si l’on tient compte de l’emprunt convertible subordonné, comme le font les banques, le taux des capitaux propres s’établit à un niveau encore plus élevé. Nous ne voyons donc actuellement pas de raisons de prendre des mesures en ce sens.

Comment se présente l’évolution du cash-flow ?

André Wyss : Nos activités opérationnelles génèrent un cash-flow positif, bien que nous ayons reconstitué nos réserves de terrains, pour la première fois depuis longtemps, et décidé de payer nos créanciers plus rapidement. Cette dernière décision a représenté une étape importante, visant à renforcer nos partenariats stratégiques sur le long terme.

Monsieur Wyss, en prenant vos fonctions de nouveau CEO le 1er octobre 2018, vous avez reçu le mandat de remanier la stratégie. Comment Implenia compte-t-elle s’affirmer sur le marché à l’avenir ?

André Wyss : Nous internationalisons les segments Développement, Bâtiment et Génie civil et regroupons les Spécialités sous une même direction. Afin d’assurer le succès de ces mesures, nous nous sommes réorganisés en instaurant une direction internationale et des processus et systèmes globaux. Mais seule l’interconnexion transversale des activités internationales avec le niveau local concerné sur place permettra à Implenia de s’imposer. Sur chacun de nos marchés de base, nous devons donc nous rapprocher de nos clients afin de les connaître et de les comprendre, au même titre que les défis au sein de leurs projets. Et, en interne, il nous faut évidemment penser et agir davantage en entrepreneurs, depuis l’analyse des projets de construction jusqu’à leur achèvement et leur développement futur.

Dans le domaine du développement, Implenia se limitait jusqu’à présent à la Suisse. Quel potentiel voyez-vous à l’international dans ce domaine ?

André Wyss : Nous apportons des compétences internationales et disposons en Suisse de fortes activités de développement, secteur dont nous connaissons les processus et les méthodes. Ces acquis sont transposables aux marchés internationaux. Dans ce contexte, nous étudions de manière approfondie les marchés géographiques qui pourraient s’avérer intéressants. À court terme, nous entrevoyons du potentiel par exemple sur le marché allemand, où nous disposons déjà des compétences requises.

La nouvelle stratégie s’accompagne-t-elle aussi d’un programme de réduction de coûts ?

André Wyss : Notre projet ne comporte pas en principe de programme de réductions des coûts. Notre objectif est de travailler de manière plus efficiente en termes de coûts. Et ce, au sein de Divisions bien positionnées et repositionnées, qui collaborent en parfaite harmonie et sont soutenues par des fonctions transversales compétentes. Outre la nouvelle organisation, nous avons initié un programme « Operational Excellence », qui fera franchir un grand pas à nos processus, systèmes et outils.

Quelles sont les prochaines étapes dans la mise en œuvre de la nouvelle stratégie ?

Hans Ulrich Meister : 2019 sera une année de transformation. La nouvelle organisation prendra effet le 1er mars, et la mise en œuvre de la stratégie débutera le même jour.

André Wyss : Nous allons investir dans les systèmes, le personnel et les processus. J’ai déjà mentionné le programme d’« Operational Excellence ». Et nous allons nous positionner de manière à devenir une entreprise de services de construction performante, opérant à l’échelle multinationale. Pour y parvenir, nous mettons l’accent sur la croissance rentable et visons l’objectif à moyen terme d’une marge EBITDA entre 5,25 % et 5,75 %1.

En adoptant sa nouvelle stratégie, le Groupe s’est également assigné une nouvelle vision, une nouvelle mission et de nouvelles valeurs. Quels seront les changements ?

André Wyss : Nous cherchons à promouvoir la perception commune que nous sommes un prestataire de services de construction multinational, qui est chez lui en Suisse, mais qui emploie désormais presque autant de collaborateurs à l’étranger. Les nouvelles valeurs seront le cœur battant d’Implenia. Dans toutes nos activités, nous devons opérer à un niveau très élevé. Il est donc crucial de définir une mission et de préserver les bonnes valeurs. Notre mission consiste à développer de manière durable des biens immobiliers, avec et pour les gens, ainsi que de construire des bâtiments et des infrastructures qui répondent aux besoins modernes en matière d’habitat, de travail et de mobilité.

Comment le processus d’élaboration de la stratégie s’est-il déroulé ?

André Wyss : La stratégie a été élaborée par une équipe de base d’une petite centaine de participants qui connaissent très bien nos activités. Ceci en collaboration avec un groupe qui a piloté le processus. Il s’agit d’une stratégie « bottom-up », qui a été mise au banc d’essai de manière « top-down ». L’équipe de base assumera également la communication relative à cette stratégie et la mettra en œuvre au cours des prochains 18 mois.

Monsieur Meister, comment avez-vous vécu le travail collaboratif sur la stratégie ?

Hans Ulrich Meister : Nous avons organisé plusieurs ateliers très intenses avec la Direction et une équipe de projet dédiée, durant lesquels nous avons discuté de manière approfondie et structurée. À la fin, nous sommes arrivés, tous ensemble, à un bon résultat. La stratégie a été remaniée en étroite collaboration avec le Conseil d’administration, lequel l’a adoptée avec conviction. La procédure choisie, qui a impliqué près d’une centaine de personnes, permet déjà d’obtenir une acceptation préalable et de gagner ensuite beaucoup de temps au niveau de la communication interne, de l’implémentation et de la suite de la mise en œuvre.

Quelles sont les conséquences de la nouvelle stratégie pour les collaborateurs ?

André Wyss : Elle offre avant tout de nombreuses opportunités : responsabilités et projets stimulants, méthodes innovantes et collaboration intense. Les chantiers restent des chantiers, ils demeurent au cœur d’Implenia. Nous allons soutenir du mieux possible nos collaborateurs sur les chantiers, en les formant et en mettant à leur disposition les outils adéquats.

Quant aux collaborateurs dans le développement, l’ingénierie et d’autres services, ainsi que dans les fonctions transversales, nous les doterons des instruments qui leur permettront de gérer ou de soutenir les projets et les tâches de manière efficace et rationnelle, en fonction de leur rôle. Ils ont la chance de travailler dans une organisation globale, ce qui offre également d’importantes possibilités d’évolution personnelle.

Comment se présente la nouvelle Direction d’Implenia ?

André Wyss : La nouvelle Direction – l’Implenia Executive Committee – se compose du CEO, des responsables des quatre Divisions, du CFO, du CHRO, du General Counsel et du Head Country Management. Nous y associons la longue expérience de plusieurs personnalités dirigeantes d’Implenia à l’expertise de nouvelles recrues provenant d’autres entreprises de premier plan. Les fonctions globales, qui relèvent directement de moi, comme IT, Marketing/Communications ou Strategy, ainsi qu’un centre de compétences central « Project Excellence & Services », font désormais partie du noyau élargi de la Direction du Groupe.

Quelles sont vos prévisions pour l’année en cours ?

Hans Ulrich Meister : Même si le résultat de 2018 n’est pas à la hauteur des attentes, Implenia repose sur des bases solides. Par conséquent, le Conseil d’administration a décidé de demander le versement d’un dividende réduit de CHF 0.50 par action (contre CHF 2.00 en 2017), lors de l’Assemblée générale d’Implenia SA qui aura lieu le 26 mars 2019. Cela permettra d’effectuer les investissements requis pour lancer la nouvelle stratégie sur des bases saines.

André Wyss : Nous allons désormais travailler d’arrache-pied à la mise en œuvre de la nouvelle stratégie ainsi qu’au développement de nos activités opérationnelles. Je suis très confiant que nous y parviendrons en coopération avec l’ensemble de notre personnel et que nous pourrons bientôt en recueillir les premiers fruits.

1 Selon les règles comptables actuelles

Cet entretien a été conduit par Reto Aregger et Anna Lang.